P. : Comment avez-vous vu évoluer le métier, notamment dans ses relations à la presse ?

 

P. Z. : Il a évolué de façon négative, à mon sens, et je ne pense pas être original dans l’analyse que j’en fais. La première chose que je vois, c’est une dégradation des relations humaines, liée, entre autres, à l’outil Internet qui conduit à être davantage dans l’efficacité et moins dans l’échange. J’ai un peu l’impression d’être une machine à faire venir les journalistes, alors que ce qui m’intéresse dans le travail d’attaché de presse, c’est précisément la relation humaine, et pas seulement la presse : c’est de pouvoir lors de mes rappels aux journalistes, pendant les mois où j’ai quatre, cinq spectacles à défendre, contacter untel en lui disant que ce spectacle-là me semble pour lui en fonction de ses goûts et intérêts. Notamment du fait du manque de place sur les supports, les journalistes sont d’autant plus sensibles à ce que leur disent leurs confrères, et risquent de ne pas se déplacer, ce qui nous fait perdre, à nous attachés, de la crédibilité. Pourtant, je fais attention à la manière dont je présente un spectacle, et je n’insiste pas à tort et à travers pour faire se déplacer les journalistes, et je suis bien obligé de privilégier certains spectacles selon leur qualité…

La deuxième chose qui a évolué, c’est bien sûr la condition de la presse, notamment écrite. La pagination pour le théâtre a été considérablement réduite dans les journaux et beaucoup de supports n’ont même plus de place pour la culture, les papiers critiques se retrouvant sur Internet. Là, tout se mélange et se nivelle entre les différents types de supports. Dans la presse écrite, la réduction de l’espace alloué à la culture fait qu’on ne parle que des mêmes, ce qui donne la primeur au vedettariat, une fois de plus. Aucun papier ne fait venir de public, à part dans certains moments «magiques» où un support joue encore un rôle, comme A nous Paris qui tire à 300 000 exemplaires. Le Pariscope, Le Canard Enchaîné ou bien encore Télérama font encore un travail intéressant, en matière d’informations. Mais les journaux ont perdu cette capacité de remplir ou vider une salle… ils restent un accompagnement au spectacle.

P. : Finalement, on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une victoire du web sur l’écrit. Tout le monde est logé est à la même enseigne, non ?

 

P. Z. : Le débat entre le support papier et la presse web est ouvert. Certes, la pagination s’est réduite en presse écrite, et le Net a un peu pris le pas. Mais pour beaucoup d’artistes qui ne sont pas de la dernière génération, Internet n’a pas de poids. Ils attendent d’avoir des articles sur papier. Mais en ce qui concerne les revues de presse que je fais, elles sont aujourd’hui constituées à 80 % de ce qui existe sur Internet et à 20 % d’extraits de « papiers », et encore. Il y a un certain nombre de journalistes qui écrivent bien mieux sur le web et ont quand même un peu plus de place que dans la presse écrite où la critique se réduit trop souvent à un descriptif suivi d’une petite phrase d’appréciation.

 

P. : Que ne font plus les critiques qu’ils devraient pourtant faire ?

P. Z. : Il n’y a plus de réelle volonté de découvrir de nouveaux talents dans les journaux les plus en vue, ce qu’il a pu y avoir à Libération il y a encore quinze ans. On ne parle que des gens qu’on connaît, ce qui est la même chose à la télévision, à la radio. Comment un attaché de presse peut-il alors défendre un projet sans grands moyens ni tête d’affiche ? Par ailleurs, il y a une question de répertoire : certains critiques, qui ont tellement vu de versions de la même pièce, en sont lassés, et même n’ont pas toujours envie de se déplacer pour un texte contemporain peu connu. Comment les motiver ? C’est le sens même du mot critique qui a disparu. Il n’y a ni analyse circonstanciée, ni même une polémique telle que cela fasse déplacer les gens. Et puis, quand la critique attaque, elle attaque trop souvent les personnes et pas assez le travail, ce qui renvoie encore à la question du respect de l’autre.

Ce que j’attends de la critique, c’est ni plus ni moins que ce que cela devrait être : une analyse subjective qui rende compte de ce qui est vu, et complémentairement un minimum de culture pour mettre en perspective le spectacle de façon objective.

Dans mes coulisses

Le Poulailler : Comment êtes-vous devenu attaché de presse ?

Pascal Zelcer : Les choses ont commencé de façon un peu atypique pour moi, car j’ai d’abord été comédien, formé par Anne-Marie Lazarini dans sa troupe d’amateurs à la fin des années 80, et lorsque les choses commençaient à marcher professionnellement, j’ai perdu mes parents et tout arrêté. Il a fallu un moment avant que je revienne, d’une autre manière, vers le métier. J’ai débuté le travail d’attaché de presse dans un autre domaine, à travers un label de jazz, qui s’occupait notamment de Magma de Christian Vander. C’est à l’occasion d’un anniversaire du groupe à Épinay-sur-Seine que j’ai pris des contacts avec la Mairie, notamment avec la responsable de la Maison du Théâtre et de la Danse, Nadine Varoutsikos, qui m’a proposé de travailler sur son spectacle. La transition de la musique au théâtre s’est faite sur l’intuition forte que ça allait marcher, quoi qu’il arrive. Cela a pris tout de même quelques années avant que je n’acquière une certaine reconnaissance de mon travail. Ce qui a déterminé un peu plus ma crédibilité, c’est mon arrivée au Théâtre des Quartiers d’Ivry en 2002.

P. : Quel type de partenariat privilégiez-vous ?

Les compagnies, les lieux, les institutions ?

P. Z. : Les lieux, peut-être. Quoi que… Je travaille depuis quelque temps avec deux institutions qui sont subventionnées, mais n’ont pas de lieu de création à proprement parler, le Théâtre de la Marionnette à Paris et 2r2c (Coopérative de rue de cirque), et je trouve que le retour de la presse est difficile. Il y a très souvent des papiers qui indiquent le lieu, les horaires mais oublient les organisateurs. C’est encore très compliqué d’en faire comprendre l’importance aux journalistes. Finalement, pour revenir à la question, je préfère travailler avec des lieux, qui font eux-mêmes leur choix de programmation, car on me tiendra moins rigueur de la qualité moindre de tel ou tel spectacle. Mon nom est plus associé à un lieu, que ce soit Le Tarmac, le TQI ou La Tempête, qu’à un spectacle donné, ce qui permet aux journalistes de revenir, même s’ils n’ont pas aimé un ou deux spectacles. Quand, en revanche, mon nom est associé à une compagnie ou à un spectacle hors de ces lieux que je suis, j’ai moins le droit de me tromper.

" Il n’y a plus de réelle volonté

de découvrir de nouveaux talents

dans ​ les journaux les plus en vue "

P. : Vous suivez les compagnies, à la fois pendant l’élaboration du spectacle et sur plusieurs spectacles ?

 

P. Z. : Oui pour la deuxième partie de la question, souvent, je suis l’évolution d’un même spectacle, ou ses prolongements, comme pour Madame Raymonde ; cela m’est arrivé sur certains spectacles musicaux, ou encore avec telle ou telle compagnie. En revanche, en ce qui concerne le spectacle lui-même, je le vois souvent vers la fin de sa préparation, parfois un peu trop tard. Je regrette que, alors que nous travaillons en équipe, les attachés de presse ne soient pas contactés un peu plus tôt pour être consultés sur les questions de communication. J’aime bien être intégré à un projet, me sentir faire partie d’une famille, pouvoir discuter assez tôt du projet, et cela m’est arrivé récemment de refuser de défendre certains spectacles pour lequel j’ai été contacté très tard.

En règle habituelle, j’ai une réelle anticipation sur les projets des compagnies ou des lieux que je connais, par exemple sur le Roméo et Juliette mis en scène par Magali Léris en janvier 2011, pour lequel nous avons déjà eu des échanges. Oui, ce travail de suivi, cette fidélité aux compagnies me semblent importants et renforcent le travail auprès des journalistes

A quoi sert la critique? Propos recueillis par David Larre www.aupoulailler.com